Le Blitz Ă©tait presque parfait
Au dĂ©but des annĂ©es 90, Opel rajeunit lâensemble de sa gamme. Câest ainsi que lâAstra F apparaĂźt sur les routes. Son design rĂ©solument moderne, non sans rappeler une certaine CitroĂ«n ZX, est dans lâair du temps. Lâobjectif est clair et assumĂ© : lâAstra doit rĂ©ussir lĂ oĂč la Kadett a toujours Ă©chouĂ©, en dĂ©trĂŽnant la Golf de Volkswagen. Et comme la Kadett en son temps, lâAstra ne dĂ©roge pas Ă la rĂšgle en reprenant fiĂšrement le sigle GSi pour partir en croisade contre ses rivalesâŠ
Petite anecdote : lâAstra, en tant que nouveau modĂšle, aurait dĂ» logiquement prendre la lettre A, comme il est de coutume chez Opel pour chaque premier modĂšle. Mais en voulant rendre un dernier hommage Ă sa Kadett chĂ©rie et ses 5 gĂ©nĂ©rations allant de A Ă E, la marque au Blitz a dĂ©cidĂ© de donner la lettre F Ă sa premiĂšre Astra. Un dernier au revoir Ă celle qui fut produite durant 61 annĂ©es.
Moteur
Soyons clair, net et prĂ©cis dĂšs le dĂ©part : Son moulin est assurĂ©ment le point fort de cette GSi et indiscutablement le meilleur 4 cylindres 2.0L 16s de sa catĂ©gorie pour son Ă©poque. Ce C20XE nâen est pas Ă son coup dâessai puisque câest dĂ©jĂ lui que lâon retrouvait sous le capot de la Kadett GSi 16v. Alors pourquoi changer une Ă©quipe qui gagne ? On retrouve ici tous les ingrĂ©dients suffisants pour en faire une pointure : Double arbre Ă cames en tĂȘte, gestion intĂ©grale Bosch Motronic, injection Ă©lectronique et allumage gĂ©rĂ©s par la gestion. Point dâartifice comme une variation dâAAC ou des arbres dâĂ©quilibrage pour combler le creux typique des multisoupapes. Ce 2.0L nâen a pas besoin et se dĂ©brouille trĂšs bien sans. What else ?

Les 150 canassons prennent place sous le capot de lâAstra et le rĂ©sultat est toujours aussi dĂ©tonnant, souple, disponible et rageur. Le combo, parfaitement rĂ©ussi, donne toutes ses lettres de noblesse Ă cette sportive devenue aujourdâhui collector et, Ă mon sens, pas assez reconnue. Dans les bas rĂ©gimes, le bloc se veut coupleux et autorise une conduite toute en souplesse, mais câest plus loin dans le compte tour que ce 2,0L rĂ©vĂšle toute sa rage. Lâaiguille monte Ă une vitesse folle pour dĂ©livrer ses 196 Nm de couple Ă 4600rpm, rĂ©gime auquel il gonfle encore les muscles pour vous envoyer ses 150cv Ă 6000rpm en pleine tronche. PassĂ© ce rĂ©gime, on pourrait penser quâil daignerait rendre les armes, mais il nâen est rien. Si vous lui demandez, gentiment ou non, il ira sans broncher et surtout sans sâessouffler, jusquâau rupteur perchĂ© Ă 6700rpm. Factuellement, aucun 2,0L 16s Ă gabarit Ă©quivalent ne fait aussi bien Ă cette Ă©poque. Pour vous donner une certaine idĂ©e de quoi est capable ce bloc, il peut se targuer dâaller taquiner une Golf 3 VR6 qui cube quand mĂȘme 800 cmÂł, 2 cylindres et 24cv de plus⊠Alors imaginez seulement une GTi 16âŠ
Fiche technique complĂšte
ChĂąssis
Comment peut-on poser un moteur si merveilleux sur un chĂąssis aussi merdique ? Câest Ă peu de choses prĂšs, voire mot pour mot la phrase qui vous viendra en tĂȘte quand vous commencerez Ă aller la taquiner sur petites routes ou sur circuit. Si le moteur est le point fort de lâAstra, son chĂąssis est indiscutablement son gros point faible. Autant les motoristes ont fait des miracles sur le dĂ©veloppement du moulbif, autant les ingĂ©nieurs chĂąssis Ă©taient en grĂšve Ă durĂ©e illimitĂ©e ! Le gros point noir de mamie Kadett GSi Ă©tait dĂ©jĂ le chĂąssis complĂštement dĂ©passĂ© par la puissance du bloc, que ce soit en accĂ©lĂ©ration ou les pertes de motricitĂ© Ă©taient frĂ©quentes, quâen tenue de route oĂč il avait toutes les peines du monde Ă maintenir lâauto sur la trajectoire ordonnĂ©e par son pilote.

Il Ă©tait donc logique que la firme de Russelsheim redresse la barre pour cette nouvelle monture, surtout que lâobjectif, encore une fois, Ă©tait de dĂ©trĂŽner la reine des ventes de la catĂ©gorie, la Golf. Mais câĂ©tait sans compter ces ingĂ©nieurs, encore une fois aux abonnĂ©s absents, qui se contentent dâajouter un anti-patinage, de raffermir un peu la suspension et de chausser la belle en 205/50/15. Je ne sais mĂȘme pas sâil est utile de vous donner le rĂ©sultat. MĂȘme si elle est en hausse par rapport Ă la Kadett, la tenue de route est encore loin dâĂȘtre une merveille. On retrouve toujours les mĂȘmes dĂ©fauts, perte de motricitĂ© malgrĂ© lâanti-patinage, et quand on arrive enfin Ă canaliser le C20XE pour tenter de lâexploiter Ă minima, on se retrouve avec ce mĂȘme anti-patinage qui dĂ©cide de vous castrer, un comble ! Question freinage, ça fait le job, les disques avant en 256mm de diamĂštre sont ventilĂ©s et les arriĂšres de 260mm sont pleins. CouplĂ©s Ă un ABS de sĂ©rie, ils suffisent Ă stopper correctement les 1100kg de lâauto, mĂȘme si lâendurance nâest pas son exercice favori.
Extérieur et Carrosserie
Opel sâest trĂšs vite intĂ©ressĂ© Ă lâaĂ©rodynamisme et les bĂ©nĂ©fices sur les performances pour ses modĂšles (la Calibra en est un parfait exemple). LâAstra se soumet Ă lâexercice et reçoit un kit dĂ©veloppĂ© par Irmscher lui permettant dâatteindre le Cx de 0,30. Score trĂšs bon pour ce segment dans les annĂ©es 90. DĂ©tail assez significatif pour ĂȘtre signalĂ© : la vision pĂ©riphĂ©rique est excellente grĂące Ă une surface vitrĂ©e trĂšs consĂ©quente, notamment sur les custodes arriĂšres. Si la GSi ne fait pas dans lâexubĂ©rance, elle se distingue tout de mĂȘme au premier coup dâĆil par ses bas-de-caisse spĂ©cifiques, son aileron recouvrant en partie la lunette arriĂšre, ses pare-chocs tout aussi spĂ©cifiques disposant, Ă lâavant, dâune lame Ă©tudiĂ©e pour le refroidissement. Les jantes en forme de turbine sont elles aussi Ă©tudiĂ©es pour optimiser le refroidissement tandis quâune double sortie dâĂ©chappement vient terminer la jupe. Pour finir, le capot est reconnaissable par ses deux ouĂŻes latĂ©rales. Dâailleurs, il a souvent Ă©tĂ© cru Ă tort, quâelles servaient dâentrĂ©es dâair, or câest tout Ă fait le contraire puisquâil sâagit dâextracteurs dâair chaud.
Une petite touche finale se prĂ©sente sur le pare-choc avant, cĂŽtĂ© gauche : Le monogramme GSi 16v y est collĂ©, juste au dessus de la lame. On aime ou pas, mais ça a le mĂ©rite dâĂȘtre original.
IntĂ©rieur et Ăquipements
Pendant les campagnes publicitaires de 2016 avec Claudia Schiffer, celle-ci nous gratifiait dâun « câest une allemande ! » bien senti. 25 ans plus tĂŽt câĂ©tait dĂ©jĂ le cas : La qualitĂ© de finition Ă©tait parfaitement dans les standards de lâĂ©poque. AustĂšres mais sacrĂ©ment bien finis, les ajustements sont prĂ©cis et bien au dessus de ce que nous proposaient les productions françaises de cette mĂȘme pĂ©riode. Les siĂšges sont enveloppants et confortables mais le design nâest pas franchement au rendez vous. Câest assez fade et tristounet malgrĂ© une bande rouge et bleue essayant dâĂ©gayer un peu le tout⊠Peine perdue. LĂ oĂč lâon reconnaĂźt le savoir faire de la firme allemande, câest lâergonomie du poste de conduite pilotage. Tout tombe sous la main naturellement, la console centrale lĂ©gĂšrement tournĂ©e vers le conducteur renforçant cette sensation de praticitĂ©, comme lorsquâon sâinstalle dans un petit cockpit. Aucune exagĂ©ration toutefois, nous ne sommes pas non plus dans une Toyota Supra Mk4.
Opel se distingue Ă©galement par lâĂ©quipement de sĂ©rie de sa GSi. On retrouve un volant cuir 3 branches avec lâemplacement prĂ©vu pour les pouces, les vitres Ă©lectriques avec commande impulsionnelle cĂŽtĂ© conducteur, la direction assistĂ©e, lâautoradio 4 HP, lâordinateur de bord, les rĂ©troviseurs Ă©lectriques, la centralisation ainsi que les prĂ©tensionneurs de ceinture et les renforts latĂ©raux. Tout ce petit monde protĂ©gĂ© par une alarme volumĂ©trique anti-intrusion, rien que ça ! La climatisation reste en option, largement excusable compte-tenu de lâĂ©quipement de sĂ©rie fourni, assez plĂ©thorique pour le dĂ©but des annĂ©es 90. Sur ce point, lâAstra bat indiscutablement la Golf.
Ăvolutions
âŠet « Souvolutions »
Souvolutions ? KĂ©sako ? Bon en fait, je viens dâinventer le mot et pour quelle raison⊠De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, un constructeur fait Ă©voluer son modĂšle au cours de sa carriĂšre afin de lâamĂ©liorer et le rendre plus attractif. Quelle mouche a donc piquĂ© le Blitz en 1994 ? AprĂšs seulement 3 ans de carriĂšre, la GSi 16v ne se prend pas une sĂ©ance dâupgrade mais de downgrade ! Le C20XE de 150cv laisse sa place au X20XEV Ecotec de seulement 136cv⊠Norme Euro1 quand tu nous tiens⊠Le beau kit Irmscher disparaĂźt Ă©galement et seules des baguettes latĂ©rales siglĂ©es GSi subsistent. Le chĂąssis reste le mĂȘme, câest-Ă -dire mĂ©diocre. En bref, un saccage ou comment tuer une sportive pourtant attachante mais qui peinait dĂ©jĂ Ă se faire une place au soleil.

Une vraie Ă©volution est apparue en 1994 mais uniquement pour lâAfrique du Sud, car dĂ©veloppĂ©e en partie avec les ingĂ©nieurs sud-africains. Il sâagit de lâAstra 200TS. Les motoristes ne sont pas aller chercher bien loin : Câest le C20LET de 204cv provenant de la Calibra Turbo qui prend place â au chausse pied â sous le capot de cette berline 4 portes Ă coffre. La Calibra Turbo Ă©tant une 4 roues motrices, la boĂźte de vitesse est spĂ©cifique Ă la 200TS, puisque Ă 6 rapports. Elle est conçue pour ĂȘtre en traction en plus dâĂȘtre Ă©quipĂ©e dâun diffĂ©rentiel Ă glissement limitĂ©. Le chĂąssis est Ă©galement revu, mais demeure encore et toujours sous-dimensionnĂ©, au point mĂȘme que la livraison au client se faisait avec une formation gratuite dispensĂ©e par le constructeur, câest dire⊠Le cocktail est explosif, lâAstra ainsi dotĂ©e se targue de pouvoir tenir tĂȘte Ă une BMW M3 sur un 400m DA. Malheureusement, la fiabilitĂ© est catastrophique, le moteur est tellement Ă lâĂ©troit que des problĂšmes de surchauffe apparaissent trĂšs vite. La boĂźte 6 nâest Ă©galement pas Ă la fĂȘte, le couple du 2L T16 met Ă mal la pignonnerie et les casses sont frĂ©quentes. Celle-ci Ă©tant spĂ©cifique, le remplacement sâavĂšre onĂ©reux puisque introuvable sur le marchĂ© de lâoccasion et hors rĂ©seau officiel. Le passage par la case concessionnaire est donc indispensable.

Acquérir une Astra [F] GSi 16v
Aujourdâhui, il est assez difficile de trouver un exemplaire en bon Ă©tat. Souvent balafrĂ©s par des propriĂ©taires fans de tuning, ou saccagĂ©s par des possesseurs peu soigneux, les exemplaires dâorigine et en bon Ă©tat se font rares. Sujette Ă la rouille, notamment au niveau des ailes arriĂšres, si lâenvie vous prend de connaĂźtre plus en dĂ©tail cette auto, veillez Ă bien contrĂŽler ce point.
MalgrĂ© la raretĂ© de la bĂȘte, son passage un peu « inaperçu » vis-Ă -vis du grand public lui permet de conserver une cĂŽte relativement basse au vu des prix pratiquĂ©s sur certaines YoungTimers plus connues. Le marchĂ© actuel de la piĂšce sport de seconde monte vous permettra de gommer le dĂ©faut majeur de cette auto. Alors si vous avez envie dâinvestir : Foncez ! Peu de chance que vous le regrettiez.
En conclusion
Comment rĂ©sumer lâAstra F GSi 16v ? Comme ma phrase dâintroduction : Le Blitz Ă©tait presque parfait. Opel a rĂ©ussi le grand Ă©cart impossible entre lâexcellence et mĂ©diocritĂ©. Elle avait pourtant tout pour ĂȘtre un best-seller, une vĂ©ritable poule aux Ćufs dâor, mais 25 ans plus tard, tout fan de sportives qui se respecte se demande encore pourquoi et comment la firme allemande a pu faire une si grossiĂšre erreur. Tant dâefforts rĂ©duits Ă nĂ©ant par un chĂąssis qui ne permet en rien dâexploiter tout ce beau monde reste un vrai beau gĂąchis. Heureusement quâelle peut compter sur un moteur de feu, une belle gueule, un aĂ©rodynamisme travaillĂ©, un Ă©quipement super riche, une finition haut de gamme et tout cela pour moins de 132.000 frs dâĂ©poqueâŠ
Vincent R.