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🔎 Opel Astra [F] GSi

Le Blitz Ă©tait presque parfait

Au dĂ©but des annĂ©es 90, Opel rajeunit l’ensemble de sa gamme. C’est ainsi que l’Astra F apparaĂźt sur les routes. Son design rĂ©solument moderne, non sans rappeler une certaine CitroĂ«n ZX, est dans l’air du temps. L’objectif est clair et assumĂ© : l’Astra doit rĂ©ussir lĂ  oĂč la Kadett a toujours Ă©chouĂ©, en dĂ©trĂŽnant la Golf de Volkswagen. Et comme la Kadett en son temps, l’Astra ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle en reprenant fiĂšrement le sigle GSi pour partir en croisade contre ses rivales


Opel Astra [F] GSi

Petite anecdote : l’Astra, en tant que nouveau modĂšle, aurait dĂ» logiquement prendre la lettre A, comme il est de coutume chez Opel pour chaque premier modĂšle. Mais en voulant rendre un dernier hommage Ă  sa Kadett chĂ©rie et ses 5 gĂ©nĂ©rations allant de A Ă  E, la marque au Blitz a dĂ©cidĂ© de donner la lettre F Ă  sa premiĂšre Astra. Un dernier au revoir Ă  celle qui fut produite durant 61 annĂ©es.


Moteur

Soyons clair, net et prĂ©cis dĂšs le dĂ©part : Son moulin est assurĂ©ment le point fort de cette GSi et indiscutablement le meilleur 4 cylindres 2.0L 16s de sa catĂ©gorie pour son Ă©poque. Ce C20XE n’en est pas Ă  son coup d’essai puisque c’est dĂ©jĂ  lui que l’on retrouvait sous le capot de la Kadett GSi 16v. Alors pourquoi changer une Ă©quipe qui gagne ? On retrouve ici tous les ingrĂ©dients suffisants pour en faire une pointure : Double arbre Ă  cames en tĂȘte, gestion intĂ©grale Bosch Motronic, injection Ă©lectronique et allumage gĂ©rĂ©s par la gestion. Point d’artifice comme une variation d’AAC ou des arbres d’équilibrage pour combler le creux typique des multisoupapes. Ce 2.0L n’en a pas besoin et se dĂ©brouille trĂšs bien sans. What else ?

C20XE de l’Astra [F] GSi 16

Les 150 canassons prennent place sous le capot de l’Astra et le rĂ©sultat est toujours aussi dĂ©tonnant, souple, disponible et rageur. Le combo, parfaitement rĂ©ussi, donne toutes ses lettres de noblesse Ă  cette sportive devenue aujourd’hui collector et, Ă  mon sens, pas assez reconnue. Dans les bas rĂ©gimes, le bloc se veut coupleux et autorise une conduite toute en souplesse, mais c’est plus loin dans le compte tour que ce 2,0L rĂ©vĂšle toute sa rage. L’aiguille monte Ă  une vitesse folle pour dĂ©livrer ses 196 Nm de couple Ă  4600rpm, rĂ©gime auquel il gonfle encore les muscles pour vous envoyer ses 150cv Ă  6000rpm en pleine tronche. PassĂ© ce rĂ©gime, on pourrait penser qu’il daignerait rendre les armes, mais il n’en est rien. Si vous lui demandez, gentiment ou non, il ira sans broncher et surtout sans s’essouffler, jusqu’au rupteur perchĂ© Ă  6700rpm. Factuellement, aucun 2,0L 16s Ă  gabarit Ă©quivalent ne fait aussi bien Ă  cette Ă©poque. Pour vous donner une certaine idĂ©e de quoi est capable ce bloc, il peut se targuer d’aller taquiner une Golf 3 VR6 qui cube quand mĂȘme 800 cmÂł, 2 cylindres et 24cv de plus
 Alors imaginez seulement une GTi 16


Fiche technique complĂšte


ChĂąssis

Comment peut-on poser un moteur si merveilleux sur un chĂąssis aussi merdique ? C’est Ă  peu de choses prĂšs, voire mot pour mot la phrase qui vous viendra en tĂȘte quand vous commencerez Ă  aller la taquiner sur petites routes ou sur circuit. Si le moteur est le point fort de l’Astra, son chĂąssis est indiscutablement son gros point faible. Autant les motoristes ont fait des miracles sur le dĂ©veloppement du moulbif, autant les ingĂ©nieurs chĂąssis Ă©taient en grĂšve Ă  durĂ©e illimitĂ©e ! Le gros point noir de mamie Kadett GSi Ă©tait dĂ©jĂ  le chĂąssis complĂštement dĂ©passĂ© par la puissance du bloc, que ce soit en accĂ©lĂ©ration ou les pertes de motricitĂ© Ă©taient frĂ©quentes, qu’en tenue de route oĂč il avait toutes les peines du monde Ă  maintenir l’auto sur la trajectoire ordonnĂ©e par son pilote.

Il Ă©tait donc logique que la firme de Russelsheim redresse la barre pour cette nouvelle monture, surtout que l’objectif, encore une fois, Ă©tait de dĂ©trĂŽner la reine des ventes de la catĂ©gorie, la Golf. Mais c’était sans compter ces ingĂ©nieurs, encore une fois aux abonnĂ©s absents, qui se contentent d’ajouter un anti-patinage, de raffermir un peu la suspension et de chausser la belle en 205/50/15. Je ne sais mĂȘme pas s’il est utile de vous donner le rĂ©sultat. MĂȘme si elle est en hausse par rapport Ă  la Kadett, la tenue de route est encore loin d’ĂȘtre une merveille. On retrouve toujours les mĂȘmes dĂ©fauts, perte de motricitĂ© malgrĂ© l’anti-patinage, et quand on arrive enfin Ă  canaliser le C20XE pour tenter de l’exploiter Ă  minima, on se retrouve avec ce mĂȘme anti-patinage qui dĂ©cide de vous castrer, un comble ! Question freinage, ça fait le job, les disques avant en 256mm de diamĂštre sont ventilĂ©s et les arriĂšres de 260mm sont pleins. CouplĂ©s Ă  un ABS de sĂ©rie, ils suffisent Ă  stopper correctement les 1100kg de l’auto, mĂȘme si l’endurance n’est pas son exercice favori.


Extérieur et Carrosserie

Opel s’est trĂšs vite intĂ©ressĂ© Ă  l’aĂ©rodynamisme et les bĂ©nĂ©fices sur les performances pour ses modĂšles (la Calibra en est un parfait exemple). L’Astra se soumet Ă  l’exercice et reçoit un kit dĂ©veloppĂ© par Irmscher lui permettant d’atteindre le Cx de 0,30. Score trĂšs bon pour ce segment dans les annĂ©es 90. DĂ©tail assez significatif pour ĂȘtre signalĂ© : la vision pĂ©riphĂ©rique est excellente grĂące Ă  une surface vitrĂ©e trĂšs consĂ©quente, notamment sur les custodes arriĂšres. Si la GSi ne fait pas dans l’exubĂ©rance, elle se distingue tout de mĂȘme au premier coup d’Ɠil par ses bas-de-caisse spĂ©cifiques, son aileron recouvrant en partie la lunette arriĂšre, ses pare-chocs tout aussi spĂ©cifiques disposant, Ă  l’avant, d’une lame Ă©tudiĂ©e pour le refroidissement. Les jantes en forme de turbine sont elles aussi Ă©tudiĂ©es pour optimiser le refroidissement tandis qu’une double sortie d’échappement vient terminer la jupe. Pour finir, le capot est reconnaissable par ses deux ouĂŻes latĂ©rales. D’ailleurs, il a souvent Ă©tĂ© cru Ă  tort, qu’elles servaient d’entrĂ©es d’air, or c’est tout Ă  fait le contraire puisqu’il s’agit d’extracteurs d’air chaud.

Une petite touche finale se prĂ©sente sur le pare-choc avant, cĂŽtĂ© gauche : Le monogramme GSi 16v y est collĂ©, juste au dessus de la lame. On aime ou pas, mais ça a le mĂ©rite d’ĂȘtre original.


IntĂ©rieur et Équipements

Pendant les campagnes publicitaires de 2016 avec Claudia Schiffer, celle-ci nous gratifiait d’un « c’est une allemande ! Â» bien senti. 25 ans plus tĂŽt c’était dĂ©jĂ  le cas : La qualitĂ© de finition Ă©tait parfaitement dans les standards de l’époque. AustĂšres mais sacrĂ©ment bien finis, les ajustements sont prĂ©cis et bien au dessus de ce que nous proposaient les productions françaises de cette mĂȘme pĂ©riode. Les siĂšges sont enveloppants et confortables mais le design n’est pas franchement au rendez vous. C’est assez fade et tristounet malgrĂ© une bande rouge et bleue essayant d’égayer un peu le tout
 Peine perdue. LĂ  oĂč l’on reconnaĂźt le savoir faire de la firme allemande, c’est l’ergonomie du poste de conduite pilotage. Tout tombe sous la main naturellement, la console centrale lĂ©gĂšrement tournĂ©e vers le conducteur renforçant cette sensation de praticitĂ©, comme lorsqu’on s’installe dans un petit cockpit. Aucune exagĂ©ration toutefois, nous ne sommes pas non plus dans une Toyota Supra Mk4.

Opel se distingue Ă©galement par l’équipement de sĂ©rie de sa GSi. On retrouve un volant cuir 3 branches avec l’emplacement prĂ©vu pour les pouces, les vitres Ă©lectriques avec commande impulsionnelle cĂŽtĂ© conducteur, la direction assistĂ©e, l’autoradio 4 HP, l’ordinateur de bord, les rĂ©troviseurs Ă©lectriques, la centralisation ainsi que les prĂ©tensionneurs de ceinture et les renforts latĂ©raux. Tout ce petit monde protĂ©gĂ© par une alarme volumĂ©trique anti-intrusion, rien que ça ! La climatisation reste en option, largement excusable compte-tenu de l’équipement de sĂ©rie fourni, assez plĂ©thorique pour le dĂ©but des annĂ©es 90. Sur ce point, l’Astra bat indiscutablement la Golf.


Évolutions


et « Souvolutions Â»

Souvolutions ? KĂ©sako ? Bon en fait, je viens d’inventer le mot et pour quelle raison
 De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, un constructeur fait Ă©voluer son modĂšle au cours de sa carriĂšre afin de l’amĂ©liorer et le rendre plus attractif. Quelle mouche a donc piquĂ© le Blitz en 1994 ? AprĂšs seulement 3 ans de carriĂšre, la GSi 16v ne se prend pas une sĂ©ance d’upgrade mais de downgrade ! Le C20XE de 150cv laisse sa place au X20XEV Ecotec de seulement 136cv
 Norme Euro1 quand tu nous tiens
 Le beau kit Irmscher disparaĂźt Ă©galement et seules des baguettes latĂ©rales siglĂ©es GSi subsistent. Le chĂąssis reste le mĂȘme, c’est-Ă -dire mĂ©diocre. En bref, un saccage ou comment tuer une sportive pourtant attachante mais qui peinait dĂ©jĂ  Ă  se faire une place au soleil.

Une vraie Ă©volution est apparue en 1994 mais uniquement pour l’Afrique du Sud, car dĂ©veloppĂ©e en partie avec les ingĂ©nieurs sud-africains. Il s’agit de l’Astra 200TS. Les motoristes ne sont pas aller chercher bien loin : C’est le C20LET de 204cv provenant de la Calibra Turbo qui prend place – au chausse pied – sous le capot de cette berline 4 portes Ă  coffre. La Calibra Turbo Ă©tant une 4 roues motrices, la boĂźte de vitesse est spĂ©cifique Ă  la 200TS, puisque Ă  6 rapports. Elle est conçue pour ĂȘtre en traction en plus d’ĂȘtre Ă©quipĂ©e d’un diffĂ©rentiel Ă  glissement limitĂ©. Le chĂąssis est Ă©galement revu, mais demeure encore et toujours sous-dimensionnĂ©, au point mĂȘme que la livraison au client se faisait avec une formation gratuite dispensĂ©e par le constructeur, c’est dire
 Le cocktail est explosif, l’Astra ainsi dotĂ©e se targue de pouvoir tenir tĂȘte Ă  une BMW M3 sur un 400m DA. Malheureusement, la fiabilitĂ© est catastrophique, le moteur est tellement Ă  l’étroit que des problĂšmes de surchauffe apparaissent trĂšs vite. La boĂźte 6 n’est Ă©galement pas Ă  la fĂȘte, le couple du 2L T16 met Ă  mal la pignonnerie et les casses sont frĂ©quentes. Celle-ci Ă©tant spĂ©cifique, le remplacement s’avĂšre onĂ©reux puisque introuvable sur le marchĂ© de l’occasion et hors rĂ©seau officiel. Le passage par la case concessionnaire est donc indispensable.


Acquérir une Astra [F] GSi 16v

Aujourd’hui, il est assez difficile de trouver un exemplaire en bon Ă©tat. Souvent balafrĂ©s par des propriĂ©taires fans de tuning, ou saccagĂ©s par des possesseurs peu soigneux, les exemplaires d’origine et en bon Ă©tat se font rares. Sujette Ă  la rouille, notamment au niveau des ailes arriĂšres, si l’envie vous prend de connaĂźtre plus en dĂ©tail cette auto, veillez Ă  bien contrĂŽler ce point.

MalgrĂ© la raretĂ© de la bĂȘte, son passage un peu « inaperçu Â» vis-Ă -vis du grand public lui permet de conserver une cĂŽte relativement basse au vu des prix pratiquĂ©s sur certaines YoungTimers plus connues. Le marchĂ© actuel de la piĂšce sport de seconde monte vous permettra de gommer le dĂ©faut majeur de cette auto. Alors si vous avez envie d’investir : Foncez ! Peu de chance que vous le regrettiez.


En conclusion

Comment rĂ©sumer l’Astra F GSi 16v ? Comme ma phrase d’introduction : Le Blitz Ă©tait presque parfait. Opel a rĂ©ussi le grand Ă©cart impossible entre l’excellence et mĂ©diocritĂ©. Elle avait pourtant tout pour ĂȘtre un best-seller, une vĂ©ritable poule aux Ɠufs d’or, mais 25 ans plus tard, tout fan de sportives qui se respecte se demande encore pourquoi et comment la firme allemande a pu faire une si grossiĂšre erreur. Tant d’efforts rĂ©duits Ă  nĂ©ant par un chĂąssis qui ne permet en rien d’exploiter tout ce beau monde reste un vrai beau gĂąchis. Heureusement qu’elle peut compter sur un moteur de feu, une belle gueule, un aĂ©rodynamisme travaillĂ©, un Ă©quipement super riche, une finition haut de gamme et tout cela pour moins de 132.000 frs d’époque


Vincent R.

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